STEFAAN RITS

- PEINTRE ET ÉCRIVAIN -

Deuil de l’ignorance

 

 

Il arrive un moment où l’on ne peut plus parler innocemment. Non parce que l’on a mal agi, mais parce que l’on a commencé à voir.

L’ignorance a quelque chose de léger. Elle laisse place à des convictions sans poids, à des mots sans charge. On peut affirmer sans en ressentir les conséquences. On peut croire sans porter.

Mais la lucidité change la température d’une phrase.

Celui qui comprend ce que font les mots — comment ils orientent, excluent, confirment, déforment — ne peut plus les utiliser avec désinvolture. Ce qui était une pensée devient une position. Ce qui était un sentiment devient un choix.

C’est pourquoi la maturité ressemble parfois à une perte. Non pas la perte de la jeunesse, mais celle de la facilité.

Peut-être ne pleurons-nous pas ce que nous ignorions.
Peut-être pleurons-nous la facilité avec laquelle nous pouvions le dire.

 

 

– Stefaan Rits, Note 11 février 2026