STEFAAN RITS

- PEINTRE ET ÉCRIVAIN -

Collectifs d’artistes : liberté sans forme ?

Le rêve de liberté, le piège de l’informe

 

 

Les artistes qui se regroupent, cela ne date pas d’hier. Contre le pouvoir du marché, l’isolement de l’atelier ou la lourde inertie des institutions. Ensemble, on serait plus fort, pense-t-on. Et parfois, c’est vrai. Parfois naît une dynamique qui dépasse l’individu et renouvelle le paysage artistique lui-même.

 

Mais trop souvent, il se passe autre chose.

Des collectifs se forment autour d’un mécontentement partagé, mais sans vision commune. Des expositions de groupe sans direction, sans cohérence de fond, sans regard éditorial. Le public doit deviner ce qui relie le travail de l’un à celui de l’autre. Ce qui devait être liberté devient informe. Ce qui devait être collaboration devient un décor pour des ego dispersés.

 

« La liberté n’est pas un alibi pour l’approximation. »

 

Un collectif d’artistes sans choix artistiques clairs, sans main curatoriale — qu’elle vienne de l’intérieur ou de l’extérieur — manque de force. Non pas parce que l’art devrait être élitiste ou hermétique, mais parce que le contexte, le contenu et la présentation font la différence entre l’art et l’arbitraire. Ce n’est pas de la liberté, mais un manque de maturité artistique.

 

Les collectifs forts ne se contentent pas de montrer des œuvres. Ils racontent une histoire. Ils donnent au visiteur une clé d’accès. Ils construisent un monde, même provisoire. Et oui, cela demande plus que de simplement « laisser chacun accrocher quelque chose ». Cela demande le courage de choisir, le courage de cadrer, le courage de trancher. Cela demande de la maturité.

 

Si les artistes veulent être pris au sérieux, ils doivent aussi se prendre au sérieux. Cela signifie non seulement produire un travail exigeant, mais réfléchir avec la même exigence à la manière dont ce travail est présenté — ensemble ou seul.

 

Les collectifs de demain ? Ils sont aussi radicaux que concentrés. Aussi libres que précis. Et ils osent défendre la qualité, même lorsque cela dérange.

Car ce n’est qu’alors qu’ils deviennent plus qu’une addition.

Ils deviennent une voix. Une vision.

Une nécessité.

 

 

– Stefaan Rits, Essai 20 mai 2025